Des dauphins au large de l'Estérel
On le dit à chaque briefing, presque par superstition : « peut-être qu'on verra des dauphins ». Les gens hochent la tête, polis. Nous aussi, parce qu'en vrai, ça n'arrive pas si souvent.
Ce matin de fin avril, sortie tranquille vers Agay. Une famille de Lyon, deux ados qui regardaient surtout leur reflet dans mes lunettes. La routine.
C'est en longeant une pointe que j'ai vu le premier dos. J'ai cru à une vague. Puis un deuxième, un troisième, un peu plus loin.
J'ai levé la main, signal d'arrêt. Tout le monde a coupé. Ils sont passés à une trentaine de mètres, sans se presser. Pas le grand spectacle des cartes postales : des dos sombres qui apparaissent et disparaissent, un souffle, parfois un aileron.
Il y a des sorties qu'on facture. Et des matins qui ne s'achètent pas.
La mère filmait n'importe comment. L'ado, lui, a oublié son reflet d'un coup. Il s'est levé à moitié sur la selle et a lâché un juron, tout bas, comme pour lui. C'est le plus beau compliment que j'aie entendu cette saison.
Je n'ai pas suivi les dauphins. On ne les suit pas, c'est la règle, et c'est aussi la moindre des politesses. On les a juste regardés filer vers le large.
Je ne peux jamais les promettre. Mais ce jour-là, deux ados ont rangé leur téléphone, et une famille est rentrée avec une histoire qu'elle racontera longtemps. Moi le premier.
Gilles & les moniteurs de Jet Fun Evasion